Vient de paraitre : « Le martyre de Thérèse Kapangala en RDC. Du terrorisme d’Etat au déni de justice ».

Vient de paraitre : « Le martyre de Thérèse Kapangala en RDC. Du terrorisme d’Etat au déni de justice ».

« Le martyre de Thérèse Kapangala. Du terrorisme d’Etat au Déni de la justice », c’est le titre de l’ouvrage de l’abbé Joseph Musubao Karuhayi prêtre

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« Le martyre de Thérèse Kapangala. Du terrorisme d’Etat au Déni de la justice », c’est le titre de l’ouvrage de l’abbé Joseph Musubao Karuhayi prêtre de l’Archidiocèse de Kinshasa, oncle maternel et surtout témoin oculaire de l’assassinat de la jeune aspirante congolaise Thérèse Kapangala le 21 janvier 2018 à la paroisse Saint François de Sales à Kinshasa (Kintambo) lors d’une manifestation pacifique en faveur du respect de la constitution. Cette manifestation était initiée par le Comité Laïc de Coordination (CLC).

Préfacé par S.E. Mgr Sébastien Muyengo, évêque d’Uvira, ce livre-témoignage qui se veut un carnet de méditations à la population congolaise à partir du martyre de Thérèse Kapangala. L’auteur fait à la fois l’œuvre d’historien et d’hagiographe, mieux de témoin de l’histoire et de la vie de cette jeune aspirante à la vie religieuse qui a perdu sa vie en voulant sauver celle d’un enfant et marcher pour la liberté, la justice face à celles qui se donnent arbitrairement le droit de confisquer la liberté, les droits, bref le destin des autres.

Dans une interwiew accordée à l’agence catholique de presse DIA, l’abbé Joseph Musubao a dévoilé les raisons qui l’ont poussé à écrire cette œuvre littéraire avant de revenir largement sur toutes les péripéties entourant l’assassinat de cette jeune aspirante. Ci-dessous, l’intégralité de ladite interview :

DIA : Monsieur l’abbé qu’est-ce qui vous a motivé à écrire ce livre ?

Abbé Joseph Musubao (A.J.M) : Ce qui m’a motivé à écrire ce livre, c’est d’abord l’horreur du crime qui a été commis à Saint François de Sales dont je suis témoin le 21 janvier 2018 où tous de manière spectaculaire nous avons assistés à l’assassinat de l’aspirante Thérèse Kapangala.

Ensuite, le grand étonnement qui continue à nous caractériser au regard du silence prolongé et profond de l’Etat par rapport à toutes les plaintes déposées auprès du procureur général de la République et à l’auditeur général des forces armées de la RDC. Ils n’ont donné aucune suite à toutes nos plaintes. L’Etat est resté silencieux. Et en même temps, nous sommes à une année du premier anniversaire des conclusions de l’enquête mixte mise en place par le ministère des droits humains. Dans les conclusions et résolutions de cette enquête mixte, l’Etat congolais avait reconnu les massacres perpétrés par les forces de l’ordre et avait promis des poursuites et l’accès à la justice à toutes les victimes. Voilà une année, ces résolutions sont restées lettres mortes et nous comprenons que c’était pour une consommation extérieure, voilà les motivations d’une telle publication pour dire que nous avons à faire à des gens qui ne font que nous mentir, tromper et ayant fait de la cruauté leur mode de gouvernance.

Aussi, nous ne devons pas perdre de vue, la réconciliation nationale tant prônée par le nouveau régime de Félix Tshisekedi ne doit pas être synonyme de passer l’éponge sur tous les massacres commis. Il y a des responsables de ces massacres qui continuent à circuler et des familles qui continuent à pleurer. Il y a même des familles qui n’ont même pas pu faire le deuil parce qu’elles n’ont jamais vu leurs cadavres, ceux qui ont exécuté leurs enfants les ont kidnappé et jusqu’aujourd’hui ce sont des portés disparus.

DIA : De façon laconique, qu’est-ce que les lecteurs peuvent retenir du contenu de ce livre ?

A.J.M : La vie humaine reste sacrée. On ne peut pas banaliser la mort des paisibles citoyens. On ne peut pas continuer à gouverner en prônant la cruauté comme mode de gouvernance. Nous devons apprendre à respecter la vie à tout prix et la vie qui a été fauchée à Saint François c’était une vie véritablement sacrée et vous allez le remarquer à travers les réflexions que j’ai faites dans mon ouvrage. On a brisé une vie, on a arraché à Thérèse son destin et méchamment. Ça doit nous interpeller et en même temps je souligne le fait  que ce qui est arrivé à Thérèse n’a pas d’autres noms que ce que nous pouvons appeler aujourd’hui « Terrorisme d’Etat ». En plus de ce que nous avons entrepris pour avoir accès à la justice après trois plaintes déposées et même le rappel de ces plaintes-là, aucune suite ne nous a été réservés à ce jour, ça s’appelle  « Déni de justice ».

DIA : Vous êtes témoin à la fois témoin de la vie de Thérèse et surtout de son assassinat, quel est le sentiment qui vous anime une année après le drame ?

A.J.M : Le sentiment qui m’anime je l’ai souligné aussi dans mon ouvrage « on ne cherche pas le martyre. Le martyre est une grâce et en même temps le martyre reste une grâce ; en être témoin aussi en est une ». Je suis témoin du martyre de Thérèse et je considère ça comme une grâce et quand je témoigne de son martyr, c’est véritablement une grâce que je reçois de Dieu et ça devient même pour moi un motif d’évangélisation. Me taire serait faire le contraire, je dois évangéliser et présenter ce martyre chrétiennement et en même temps interpeller les auteurs de ce martyre pour que ces genres d’actes ne se répètent plus si nous voulons construire un Etat de droit.

 

DIA : Généralement les témoins en RDC ont souvent été gênants et victimes des menaces, êtes-vous en sécurité ?

A.J.M : Bon, ils ont tenté de m’inquiéter quand les massacres étaient perpétrés, à la période des obsèques et j’ai même dû fuir  ma communauté un moment donné et je ne me faisais plus voir et passer au moins six mois sans dire des messes publiques. Mais je n’ai jamais eu peur. Quand ils posent des actes ignobles, ils n’ont pas peur et nous ne devons pas avoir peur quand il faut dénoncer ces actes ignobles sinon nous ne servirons pas ce pays comme il faut. Je suis là dans une démarche de prophète, je dénonce ce qui s’est passé et je le fais courageusement. Tous ceux qui vont lire mon ouvrage, ils vont découvrir le profil de la vie que l’Etat congolais a fauché. « C’était une vie pleine de richesses spirituelles et humaines ». Les chrétiens vont découvrir qui était la Thérèse que l’Etat congolais a écrasée, assassinée sauvagement et inhumainement.

DIA : Pourquoi la famille de Thérèse Kapangala ne fait pas trop de bruits comme les autres familles des martyres de ces manifestations ?

A.J.M : Je ne veux pas présenter la cause de Thérèse sous un fonds des bruits. Je pense que la meilleure manière d’honorer sa mémoire c’est de continuer à réfléchir et à méditer et à faire des publications sur elle, c’est la voie la plus efficace, la voie qui va interpeller les consciences et toucher les cœurs.

DIA : Espérez-vous à sa béatification un jour ?

A.J.M : La communauté chrétienne et l’Eglise découvriront progressivement les valeurs humaines et spirituelles que je présente dans ma publication pour l’avoir connue et vécue à ses côtés. Pour avoir aussi vécu son martyre, je suis en train de me dire que nous avons perdu une « Sainte ». Parce que déjà quand vous me lisez à fond dans mon ouvrage, elle-même ne cessait de nous dire comme si elle le savait « qu’elle mourra comme la bienheureuse Anuarité, elle ne cessait de nous dire, qu’elle sera une Sainte ». Je crois en cela, je pense qu’elle prédisait son avenir spirituel et il y a tout un chapitre consacré à cela. Quand vous lisez même le registre des condoléances des gens venus des divers horizons, il est impressionnant de découvrir que la voie de tout le monde tend vers la même direction. Cette direction c’est sa vie bienheureuse. Je me propose même d’entamer une réflexion en partant seulement de ceux que les gens ont écrit pendant ses obsèques en partant seulement du registre des condoléances que je garde jalousement et de temps en temps je mettrai cela en lien avec la vie de Thérèse que j’avais bien connue.

Par Junior Kitambala

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