Nord-Kivu : les forces négatives continuent à défier l’Etat congolais

Nord-Kivu : les forces négatives continuent à défier l’Etat congolais

Le nouveau Chef de l’Etat, Félix Antoine Tshisekedi, avait martelé avec force dans son discours d’investiture, le 24 janvier 2019, qu’il  allait déloc

Nord-Kivu : Les miliciens Maï-maï s’imposent à Mabuku-Kathembo à Beni pour juger des civils
Des entraves au bon fonctionnement politique dans l’espace démocratique
Baisse sensible de violations des droits de l’Homme

Le nouveau Chef de l’Etat, Félix Antoine Tshisekedi, avait martelé avec force dans son discours d’investiture, le 24 janvier 2019, qu’il  allait délocaliser l’état-major  général des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), à Beni, au  Nord-Kivu, afin d’éradiquer l’insécurité. Comme si ce message avait valeur de provocation, les forces négatives, à savoir les rebelles ougandais ADF et rwandais FDLR ou encore la constellation des  Mai-Mai ne cessent de frapper à Beni et Butembo. Avant comme après le séjour du président congolais dans cette partie de la République, le mois dernier, l’insécurité n’a  pas reculé.

Les forces négatives, plus que jamais actives s’attaquent aussi bien aux bases des FARDC, de la Mission de l’organisation des Nations Unies pour la Stabilisation au Congo (MONUSCO) qu’aux antennes de riposte contre la maladie à virus Ebola. L’insécurité récurrente au Nord-Kivu commence à inquiéter sérieusement, compte tenu de  l’inefficacité des solutions aussi bien militaires que diplomatiques en  application depuis plus d’une vingtaine d’années. On constate que la coalition FARDC-Monusco, avec  plus de 20.000 hommes de troupes, des hélicoptères de combat, des chars, des blindés et des drones, peine à traquer les groupes armés  locaux comme étrangers évalués à une quarantaine, selon les dernières statistiques onusiennes.

Sur le front diplomatique, on a vu le Chef de l’Etat congolais s’offrir des accolades de paix, au mois de février, avec ses homologues ougandais Yoweri Museveni à Kampala, et le rwandais Paul Kagame à Kigali. Ces contacts diplomatiques symbolisaient l’engagement de ces deux Chefs d’Etat, à ne plus apporter un quelconque appui soit-il militaire, logistique ou financier, aux forces négatives. Apparemment, le Rwanda et l’Ouganda ne semblent plus impliqués dans l’insécurité au Nord-Kivu, même si des résidus des rebelles du M23 y sont signalés.

En interne, le Chef de l’Etat avait reçu des notables du Grand Kivu (Nord-Kivu et Sud-Kivu) avec lesquels il avait échangé dernièrement à Kinshasa comme à Goma sur la promesse de ne plus torpiller  les initiatives de paix du gouvernement. Hélas, des attaques comme celles du mercredi 08 mai 2019 lancées par des Mai-Mai dans la ville de Butembo ne sont pas de nature à favoriser le retour d’une paix durable. Les observateurs sont d’avis que pour pacifier l’Est de la RDC, il faut non seulement un pouvoir fort à Kinshasa mais aussi des actions sociales, notamment la création d’emplois, la relance des projets agro-pastoraux, la réhabilitation des infrastructures de base (routes, ponts, écoles, hôpitaux, barrages)- pour détourner des milliers voire des millions de jeunes désœuvrés  de la tentation d’intégrer les groupes armés.

L’autre grande bataille à mener est de casser l’esprit de business qui s’est installé au sein des officiers FARDC et ceux de la Monusco, qui passent plus de temps dans le trafic des minerais (coltan, or, diamant) que dans la traque des forces négatives. Le chemin de croix se poursuit pour des millions de civils toujours en attente du retour d’une paix durable sur leurs terres.

La persistance de cette insécurité est perçue comme une menace permanente à l’intégrité du pays. L’Episcopat congolais a, à maintes reprises, sonné l’alerte à ce sujet. Dans leur message publié à l’issue de leur Assemblée Plénière extraordinaire du 20 au 22 novembre 2018, les Evêques catholiques avaient écrit : « A plusieurs reprises nous avons demandé de sécuriser certaines régions déterminées et bien délimitées en proie à la violence récurrente, entre autres le Nord et le Sud Kivu, l’Ituri et le Tanganyika. Malheureusement, les massacres continuent à Djugu (Ituri) tout comme dans la Ville et Territoire de Beni où l’on compte aujourd’hui au moins 2000 morts et de nombreux déplacés depuis octobre 2013. L’insécurité persiste dans ces zones malgré l’arsenal militaire déployé. Cette insécurité, apparemment planifiée, fait planer sur notre pays le spectre de la balkanisation ».

Les Evêques, ces Avocats du Congo profond voient loin et très loin même. Le nouveau pouvoir est appelé à ouvrir l’œil, et le bon œil, pour déjouer le projet de balkanisation qui se trame derrière l’insécurité persistante à l’Est.

JR Bompolonga

COMMENTS

WORDPRESS: 0
DISQUS: 0
%d blogueurs aiment cette page :