Mme Sephora Biduaya : « A la prison de Munzenze, à Goma, nous n’avions droit au repas qu’une seule fois le mois »

Mme Sephora Biduaya : « A la prison de Munzenze, à Goma, nous n’avions droit au repas qu’une seule fois le mois »

Mme Sephora  Astrid  Biduaya, jeune femme combattante de l’Udps/Goma, est entrée dans la politique depuis 2010. Elle est vice- présidente de la Ligue

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Mme Sephora  Astrid  Biduaya, jeune femme combattante de l’Udps/Goma, est entrée dans la politique depuis 2010. Elle est vice- présidente de la Ligue de jeunes de l’UDPS/Nord-Kivu. Le 19 décembre 2016,  elle a été arrêtée lors d’une manifestation organisée par le Rassemblement de l’opposition dans le but de mettre fin au mandat du pouvoir de Joseph Kabila. Libérée le 9 septembre 2017, elle est actuellement à Kinshasa.  La jeune femme a accepté d’accorder une interview exclusive à DIA, le dimanche 1er octobre 2017 à Kinshasa.

Sephora Biduaya

Sephora Astrid Biduaya

DIA : Mme Sephora  Astrid Biduaya, vous venez de passer 9 mois en prison. Trois semaines après votre libération, quels sont vos sentiments ?

Sephora Astride Biduaya (SAB) : Mes sentiments sont ceux de joie, de bien-être car j’ai retrouvé les miens.  Je suis enfin libre de mes mouvements et c’est le plus important. Faire la prison n’est pas facile particulièrement en RDC.

DIA : Pouvez-vous être plus explicite ?

SAB : Je commencerai d’abord par dire que lorsque la politique d’un pays ne marche pas,  tout le reste en pâtit. Les conditions de vie dans nos prisons, en particulier celle où j’ai été incarcérée, Munzenze, laisse à désirer.

Nous vivions dans des conditions inhumaines. Nous vivions comme dans une porcherie.  Imaginez une soixantaine de femmes reparties dans trois cellules d’environ 3 mètres sur 5 chacune, pas de lit, les prisonnières dorment à même le sol et n’avaient droit au repas qu’une seule fois le mois.

Et quand, il y avait coupure de l’eau potable, c’était la catastrophe…  Les prisonniers étaient à la merci de plusieurs types d’infections … Bref l’hygiène n’était pas toujours au rendez-vous à la prison et certains tombaient malades à cause de cette condition de vie qui leur a été imposée.

Psychologiquement, les femmes sont dérangées. Je m’explique. Il y a des femmes qui ont passé plusieurs années en détention. Elles n’ont plus de visites, les maris les ont abandonnées pour d’autres femmes. Elles ne peuvent plus voir leurs enfants.

Imaginez une femme qui est condamnée pour 7 ou 8 ans de prison ferme, ou une autre qui vivait à plusieurs centaines de Kilomètres de Goma, séparée de sa famille, de son mari et de ses enfants. Au bout de quelques mois, le mari épouse ou cohabite avec une autre femme. Si, celle-ci ne s’occupe pas bien des enfants, c’est la rue qui les accueille… Les femmes incarcérées en deviennent malades.

L’Etat congolais n’a pas une politique d’encadrement des enfants dont les mères sont en prison… quel que soit le crime commis par celles-ci, les enfants ne doivent pas payer le pot cassé.

Sous d’autres cieux, il y a des services d’assistants sociaux qui placent cette catégorie d’enfants dans des foyers sociaux, mais en RDC, les enfants sont livrés à eux-mêmes.   J’ai comme l’impression que l’Etat congolais crée une génération considérable des délinquants et  enfants de la rue, ce qui montre que les prisons seront toujours pleines … Voila comment se présente le tableau de la situation de la femme incarcérée. Une situation que je dénonce haut  et fort. Et je me battrai pour que cette situation change.

DIA : Vous avez dit un repas par mois, comment mangiez-vous le reste de jours ?

SAB : Pour ma part, ma famille et les combattants m’apportaient à manger mais je ne pouvais pas manger seule pendant que les autres n’avaient pas à manger, je ne sais il y a combien de jours. Alors, il fallait faire quelque chose… J’ai conscientisé les prisonnières à revendiquer leurs droits car,  elles  sont privées de leur liberté certes, mais pas de leurs droits en tant que personne humaine.

DIA : Quelle a été la réaction des administrateurs de la prison ?

SAB : Nos administrateurs ne l’ont pas entendu d’une bonne oreille et cela m’a couté des tortures psychologiques et même des menaces terribles. Mais quelques temps après,  notre revendication a porté des fruits. Les prisonnières pouvaient désormais avoir droit au repas offert par l’administration pénitentiaire trois fois par semaine.  C’est tout de même quelque chose mais pas suffisant.

DIA : Vous ne vous êtes pas ennuyée en prison, je suppose ?

SAB : Bien… Dans la vie, rien ne se fait au hasard. Dieu permet que certaines choses nous arrivent pour un but que nous ignorons souvent. Non, je ne me suis pas ennuyée. Mon séjour en prison était pour moi comme une école, j’ai vécu une expérience extraordinaire pour mon orientation politique. Etant en prison, j’ai fait face à beaucoup de réalités que je n’avais pas connues à l’extérieur.  J’avais constaté que les prisonnières n’avaient pas d’autres occupations que celle de se disputer, leurs conditions de détention les rendaient hystériques, aigries, etc. J’ai vu qu’il n’y avait pas de programme de rééducation dans cette prison pour leur permettre de se réintégrer dans la société une fois libres, du côté des hommes comme du côté des dames. Alors, j’ai initié une formation pour celles qui voulaient bien apprendre, une formation que j’ai assurée moi-même. J’apprenais aux prisonnières comment faire les babouches ornées de perles multicolores appelées communément « Masaya ». A la fin, elles produisaient des babouches qu’on revendait à la cité et elles gagnaient 2 dollars pour une paire.  Cette activité a permis à certaines femmes à gérer leur temps et à gagner un peu de sou pour leur survie.

DIA : Madame, je vois que votre séjour en prison n’a pas servi à rien. Maintenant que vous êtes libre quels sont vos projets ?

SAB : Je suis entrain de faire des démarches pour créer une fondation que j’appellerai « Fondation Séphora Biduaya ». Je vais m’occuper de la défense des droits  non seulement de femmes incarcérées, mais également des femmes en général, particulièrement celles qui sont démunies et ainsi que des enfants délaissés.

Je suis combattante, je continue ma lutte pour la démocratie et le changement. Mes ambitions politiques sont grandes. Je compte donner ma candidature à la députation nationale aux prochaines élections, avec l’aval de mon parti, afin de participer à la prise de grandes décisions pour le développement de notre cher et beau pays.

DIA : Un mot pour nos lecteurs

SAB : D’abord, je remercie DIA pour m’avoir accordée cet espace. A vos lecteurs, je dis « la lutte continue, tenons bon, nous vaincrons ».

Propos recueillis par Pétronelle Lusamba  

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