Marché mondial de cobalt, Glencore ne peut plus extraire ses 42 000 tonnes en RDC

Marché mondial de cobalt, Glencore ne peut plus extraire ses 42 000 tonnes en RDC

Le cobalt, dont le minerai est d’un bleu superbe, est indispensable à l’industrie mondiale, à commencer par les batteries et sans lui, pas de Smartpho

Kolwezi accueille la conférence minière de la Rdc 12 au 14 septembre 2018
RDC : le kazakh ERG veut quintupler à 20 000 tonnes sa production de cobalt en 2019
La RDC a augmenté sa production de cuivre

Le cobalt, dont le minerai est d’un bleu superbe, est indispensable à l’industrie mondiale, à commencer par les batteries et sans lui, pas de Smartphone, pas de voiture électrique. Mais, quelques sociétés exploitant cet or bleu, notamment Glencore, sulfureux trader et groupe minier suisse, entame un bras de fer en République Démocratique Du Congo. Et y ferme la plus grosse mine de cobalt du monde.

Le cobalt de la RDC

Avec 158 000 salariés, Glencore est un nom aussi célèbre dans le monde des mines et du négoce de matières premières. Le géant suisse considéré comme le premier trader (négociant) mondial dans une vaste gamme de matières premières, qu’il achète et vend d’un bout de la planète à l’autre : pétrole, charbon, zinc, cuivre, aluminium, plomb… est apparue  à maintes reprises, dans deux enquêtes diligentées au États-Unis et au Canada du fait de ses liens avec l’homme d’affaires israélien douteux Dan Gertler, soupçonné de corruption en RDC. Des dossiers pétroliers sont entre les mains de la justice au Venezuela et au Nigeria.

La RDC est le 1er producteur mondial du cobalt

Cette entreprise cotée en Bourse a négocié à lui seul 4,7 % du pétrole vendu dans le monde l’an dernier. Pour les minerais et métaux qui passent par lui, ils occupent en permanence plus de 1 000 navires sur les mers du monde.

Dans son catalogue ne figurent pas moins de 90 matières premières dont le cobalt, un métal stratégique pour de nombreuses applications industrielles, notamment la fabrication des batteries au lithium-ion, les plus légères, qui apportent la meilleure autonomie et qui sont désormais la norme pour les Smartphones et les voitures électriques.

 Quatrième groupe minier mondial, une position non négligeable

Commençant par son activité minière où elle occupe le 4ème rang mondial, Glencore dispose de leviers bien utiles. En ajoutant le trading, Glencore est doté d’un rôle déterminant dans le zinc, le cuivre, l’aluminium, le plomb et, donc, le cobalt.

Glencore arrête l’exploitation de cobalt en RDC

Mutanda, en République Démocratique du Congo, est la plus grosse mine d’or bleu au monde figurant parmi les 150 mines que Glencore possède sur toute la planète. Tous les autres États producteurs se situent dans une tranche de 3 000 à 8 000 tonnes, tandis que la RDC produit annuellement 90 000 tonnes et représente plus de la moitié de la production mondiale de cobalt.

À lui seul, Glencore en extrait plus de 42 000 tonnes qui représentent à peu près le besoin annuel pour toute la production mondiale de batteries pour voitures électriques.

Une chute libre sans raison, Mutanda ferme ses portes

Le cobalt congolais pour la fabrication de batteries des véhicules électriques et Smartphones

Le cobalt est une matière stratégique, dont son cours mondial est passé de 58 400 à 29 400 dollars la tonne au cours du premier semestre. Une grosse dégringolade, pas loin des plus bas jamais enregistrés, alors que la tonne d’or bleu atteignait 80 000 dollars en 2010 et même 110 000 dollars lors de la folie d’avant-crise en 2008. Lorsque les cours s’effondrent, au point de ramener la masse de dividendes destinés aux actionnaires de 5,8 à 3,4 milliards, comme ce fut le cas en 2018, il y a le feu.

Aux grands maux les grands remèdes. Le géant suisse vient d’annoncer la fermeture pure et simple de Mutanda pour deux ans. Cette fermeture n’a pas tardé à se faire sentir avec 25 000 tonnes en moins sur le marché mondial.

De creuseurs artisanaux de cobalt

Face à ces mesures interprétés par certains comme une volonté de mettre fin au pillage des ressources naturelles du pays, le géant suisse a donc engagé un vrai bras de fer avec le gouvernement congolais, dirigé par un nouveau président de la République, Félix Tshisekedi, avec pour objectif de ramener de 10 à 3,5 % le montant de la redevance mise en place par l’État congolais, qui était auparavant de 2 %.

Pour le gouvernement, l’enjeu est de taille : conforter les finances d’un État dont les trois quarts de la population vivent avec moins de 1,9 dollar par jour. De son côté, Glencore se garde de faire travailler certains des 100 000 « creuseurs », dont 40 000 enfants qui fouillent le sol dans des puits aussi sommaires que dangereux. Univers dénoncé à maintes reprises par Amnesty International

Traffigura un autre Groupe suisse et géant des matières premières et un ennemi déclaré de Glencore a lui aussi fait fortune.  Mais, c’est bien chez Glencore, en dépit de son attachement à des méthodes de production plus modernes, 40 mineurs ont perdu la vie en juin dernier dans une mine située à Lualaba.

Le nouveau code minier, la pomme de discorde

Ils creusent dans les plus grands risques

Pour Glencore dont la réouverture de Mutanda n’est pas connue, le cours mondial ne sera pas la seule donnée de l’équation. Les entreprises minières intervenant en RDC sont en effet confrontées depuis 2018 à la réforme du code minier décidée par l’ancien président Joseph Kabila. Lequel a fortement rehaussé les taxes perçues par l’État et ajouté divers prélèvements dédiés au renouvellement de l’outil de production, au développement local, etc.

Ne serait-il pas une façon de pousser la RDC à revisiter son nouveau code minier que les exploitants miniers étrangers ne cessent d’engager un bras de fer avec le gouvernement congolais,  à l’heure où, en plus de l’explosion du marché des Smartphones, aux besoins d’énergie toujours plus grands, l’industrie automobile annonce une mutation massive vers la motorisation électrique.

Suite à la guerre commerciale lancée par les Etats-Unis et la Chine, le créneau des voitures électriques reste encore une niche, mise à mal par son prix d’achat trop élevé pour les marchés émergents et même pour l’Europe, dont l’économie connaît aussi des ratés.

Gel Boumbe

COMMENTS

WORDPRESS: 0
DISQUS: 0
%d blogueurs aiment cette page :