Machine à voter : La guerre des ondes entre la Corée du Sud et la CENI, la MP et la l’Opposition

Machine à voter : La guerre des ondes entre la Corée du Sud et la CENI, la MP et la l’Opposition

La machine à voter fabriquée par la société coréenne Miru System est présentée par la CENI comme une invention congolaise, dont ses spécificités sont

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La machine à voter fabriquée par la société coréenne Miru System est présentée par la CENI comme une invention congolaise, dont ses spécificités sont des logiciels congolais et l’entreprise sud-coréenne aide la CENI à mettre ces logiciels en musique, comme précise JP Kalamba, le rapporteur de la centrale électorale. Mais aujourd’hui, son utilisation aux prochaines élections de décembre 2018 fait polémique et Séoul va plus loin, elle dit avoir averti l’entreprise coréenne des risques liées à l’exportation de ces machines, qu’elles pourraient servir de prétexte à Kinshasa pour retarder les élections ou produire des effets indésirables.

Séoul manifeste sa méfiance par son communiqué et prend clairement ses distances avec la firme sud-coréenne qui fabrique ce dispositif de vote électronique, et sa position rejoint celle de l’opposition congolaise qui estime que l’usage de cette machine va favoriser la fraude. Malgré cette position de la Corée du Sud qui fabrique cette machine et qui redoute les fraudes et les retards que l’usage de la machine à voter pourrait occasionner, Kinshasa compte toujours son utilisation.

La Commission électorale nationale indépendante (CENI) fait fi à la mise en garde des autorités sud-coréennes, son porte-parole ne jure que sur cette machine, comme si à part cette machine, on ne peut jamais organiser les élections en RD Congo. « Malgré la prise de position de la Corée, rien ne peut changer, puisque le marché d’achat des kits ne concerne pas l’Etat Coréen. La CENI estime aussi que l’usage de cette technologie va permettre de réduire le coût et la durée du processus électoral », a-t-il déclaré.

De son côté, Jean Baptiste Itipo, chargé de communication de la CENI précise que « la commission est sur le terrain pour la campagne de vulgarisation de la machine à voter qui se présente sous la forme d’un écran tactile. Pour chacun des trois scrutins prévus le 23 décembre, la photo des candidats apparaît sur l’écran. L’électeur sélectionne tour à tour son candidat président, député national et député provincial », a-t-il déclaré.

Corneille Naanga, président de la Céni

Pour Jean-Pierre Kalamba, son institution n’est pas inquiète, étant donné que Miru Systems qui fabrique des machines à voter, n’a pas signalé un quelconque problème. «Miru nous avait envoyé un premier lot de 200 machines, testées et remises à nos secrétaires exécutifs», a-t-il affirmé avant d’ajouter que  des réserves émises pas l’Ambassade sud-coréenne évoque  des «dessous de cartes», sans plus de détails. «L’ambassadeur lui-même l’a dit qu’il n’a pas à imposer son autorité à l’entreprise coréenne qui a signé avec nous, mais ne s’engage pas. Donc ça ne nous inquiète pas, dans la mesure où c’est l’entreprise Miru qui traite avec la CENI», a ajouté Jean-Pierre Kalamba.

Christophe Ngoyi de la Majorité présidentielle : « La MP est prête d’aller aux élections avec ou sans la machine à voter, mais c’est à la Céni de prendre les dispositions pour nous conduire au vote ».

Martin Mukonkole de l’Opposition : « L’Opposition est prête d’aller aux élections crédibles, mais la Majorité présidentielle veut nous amener au référendum qui est une voie qui ne marchera pas. Pour le moment, à part les élections, rien d’autre ne marchera ».

Albert Dika de la Majorité présidentielle : « Si la MP avait besoin de changer la Constitution, on allait déjà le faire comme l’ont fait les pays qui sont autour de nous en Afrique centrale. Nous ne voulons pas le faire, nous voulons aller aux élections. »

Christophe Lutundula du Rassop : « Le Rassemblement de l’Opposition est prêt pour les élections, alors les bonnes élections. Nous allons aux élections avec les votes électroniques, mais pour le moment je ne peux pas prendre le devant pour se prononcer sans que toute l’Opposition se réunisse pour émettre un point de vue commun sur la machine à voter ».

Les enquêtes de RFI et de Jeune Afrique dévoilent 

Grâce aux enquêtes successives de RFI et de Jeune Afrique que le gouvernement sud-coréen, par sa source diplomatique affirme n’avoir aucun lien et ne pas promouvoir cette machine à voter. Le gouvernement coréen assure ne pouvoir rien faire de plus pour décourager l’entreprise coréenne d’exporter ces machines en RDC.

Fabriquée par la société coréenne Miru, l’Association mondiale des commissions électorales, A-web, basée en Corée, financée par la commission électorale coréenne et dirigée par un secrétaire général coréen, avait soutenu l’utilisation en RDC comme ailleurs, de cette machine.

La RFI précise que l’association présentée par Séoul comme à but non lucratif en livre d’ailleurs dans le cadre d’un projet d’appui à la commission électorale des îles Fiji en mars 2017. En décembre de la même année, la communauté internationale, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne en tête, s’inquiète de son utilisation, c’est l’ambassade de Corée qui invite les diplomates occidentaux et le secrétaire général d’A-web pour des échanges et rien n’indique que Séoul soit opposé à la signature de ce contrat de plus de 150 millions de dollars.

RFI soutient que ce n’est qu’après la publication de  son enquête, fin décembre, qu’A-web aurait annoncé à la Ceni qu’elle ne lui apporterait plus d’appui technique, suivant la position du gouvernement coréen, précise le communiqué de Séoul.

A ce moment-là, rien n’est encore officiel. La Ceni dit même n’avoir encore signé aucun contrat, même si les machines de Miru commencent à être livrées au Congo. En tout cas, le 11 mars 2018, le quotidien coréen Joonghang évoque les résultats confidentiels d’un audit interne commandé par la commission électorale coréenne sur les agissements d’A-web, de son secrétaire général, et cite une mystérieuse société coréenne appelé M. qui semblait bénéficier de contrats, selon un député coréen cité par le journal, par son intermédiaire.

Interrogé par RFI sur le contenu de l’article du quotidien Joonghang, ni le gouvernement coréen, ni sa commission électorale, ni même A-web n’ont répondu pour le moment. La société coréenne Miru s’est contenté de renvoyer les questions à la Céni qui a assuré que le contrat signé début 2018 avec la société Miru avait suivi une procédure accélérée, mais légale au Congo.

Gel  Boumbe

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