L’Église catholique africaine en quête d’autofinancement

L’Église catholique africaine en quête d’autofinancement

Librairies, fermes et même pharmacies et moulins… Face à l’augmentation du nombre de fidèles et à la baisse des financements internationaux, les catho

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Librairies, fermes et même pharmacies et moulins… Face à l’augmentation du nombre de fidèles et à la baisse des financements internationaux, les catholiques multiplient les initiatives pour financer leurs activités.

En arrivant dans les lieux, l’ampleur du chantier frappe d’emblée. Dans la vaste cour à la terre rougeoyante qui abrite les locaux de la Conférence épiscopale du Togo, à Lomé, les ouvriers s’affairent. Perchés sur une échelle, ils font la chaîne pour se transmettre les briques qui rehausseront le mur en construction.

Si les travaux continuent d’aller bon train, ici s’élèvera dans quelques mois un bâtiment qui servira de centre d’accueil de la Caritas Togo. Il abritera des réceptions, des séminaires et autres manifestations, qui permettront de générer des revenus pour financer… le fonctionnement de la Caritas.

« L’un de nos objectifs des prochaines années est d’arriver à mobiliser nos propres ressources, pour être moins dépendants des subventions extérieures », explique le Père Benoît Hodanou, secrétaire général de l’organisation. Pour cela, l’Église a créé, il y a trois ans, une semaine destinée à lever des fonds au cours de quêtes dans les paroisses, organisée chaque mois de novembre.

« Depuis dix ans, les fonds distribués par les bailleurs internationaux sont en chute libre », constate le Père Hodanou. Depuis quelques années, le CCFD et la Deutsche Caritasverband – la Caritas allemande – ont d’ailleurs retiré une partie de leurs financements, préférant subventionner les investissements plutôt que les dépenses de fonctionnement.

Le développement de l’« auto-prise en charge »

À l’instar de cette organisation catholique togolaise, les paroisses, mouvements et diocèses africains, confrontés à une croissance exponentielle du nombre de fidèles conjuguée à la baisse des aides internationales, sont de plus en plus nombreux à développer leur propre modèle de financement.

Ce phénomène, regroupé sous l’expression un peu floue d’« auto-prise en charge », se développe sur tout le continent, tentant ainsi de remédier au talon d’Achille de l’Église en Afrique : la dépendance financière à l’égard des donateurs internationaux. Les évêques prennent très au sérieux cette dimension, comme ceux du Burkina Faso et du Niger, qui ont même établi en 2008 une « stratégie nationale d’auto-prise en charge ».

« Les ressources manquent pour la vie et la pastorale du prêtre au Burkina-Niger », notait, en 2012, le Père Joanny Kouama, chargé par les évêques burkinabés de mener une étude sur l’auto-prise en charge. « Les fidèles répondent de plus en plus aux sollicitations financières, s’acquittent de plus en plus de leur denier du culte, même si souvent les multiples quêtes risquent de les essouffler… », poursuivait-il alors.

De fait, sur le continent, plus un diocèse n’évolue sans que les projets pastoraux établis régulièrement par les évêques ne contiennent ce chapitre important de l’autofinancement, au même titre que ceux de l’évangélisation, du développement, de la catéchèse ou de la pastorale de la santé.

Des rendements souvent très faibles mais des domaines nombreux

À Lomé, au Togo, l’Organisation de la charité pour un développement intégral (OCDI) envisage même de lancer une assurance automobile, mais s’interroge aussi sur la création d’une entreprise de BTP, dans cette ville où les chantiers sont omniprésents. À Katiola, dans le nord de la Côte d’Ivoire, le diocèse a lancé l’exploitation d’une menuiserie. Librairies, imprimeries, fermes, exploitations piscicoles, boutiques, locations d’immeubles, garages, et même pharmacies et moulins… Les rendements sont souvent très faibles mais les domaines sont nombreux.

Si la mise en œuvre de ces initiatives est relativement nouvelle, la nécessité théorique de l’autofinancement est posée depuis plus de quarante ans. Dès 1975, les évêques de Haute-Volta (l’actuel Burkina Faso) alertaient ainsi sur le devoir pour les fidèles de « s’habituer à prendre totalement en charge leurs églises, leurs institutions, leurs prêtres. Depuis, qu’avons-nous fait en ce sens ? Il y a un effort réel, mais de la part de quelques-uns seulement. »

En 1995, dans l’exhortation Ecclesia in Africa, Jean-Paul II insistait : « Il est nécessaire que toute communauté chrétienne soit en mesure de pourvoir par elle-même, autant que possible, à ses propres besoins. » Avant d’ajouter : « Il est donc urgent que les Églises particulières d’Afrique se fixent pour objectif d’arriver au plus tôt à pourvoir elles-mêmes à leurs besoins et à assurer leur autofinancement. »

« Une ferme gérée par un prêtre » au Bénin

La stratégie et les investissements diffèrent en fonction des lieux. Au Bénin, où l’agriculture est l’un des fondements de l’économie, les paroisses, les diocèses et même certaines chorales possèdent une exploitation agricole pour financer leurs dépenses de fonctionnement. « La Conférence épiscopale entretient une ferme gérée par un prêtre », explique le Père Éric Okpeitcha, le porte-parole de la Conférence épiscopale du Bénin.

Palmeraie, élevages de porcs, bœufs, volailles… Les revenus dégagés servent à financer les activités des évêques. Les lieux existent depuis une décennie, mais depuis cinq ans, l’épiscopat y a délégué un prêtre à plein-temps. « Chez nous, l’Église croît à toute vitesse, ainsi que ses besoins. Nous n’avons que 150 ans ! Et, en même temps, les apports de l’extérieur, qu’ils viennent de Rome où des diocèses français, qui jadis nous aidaient beaucoup, diminuent grandement », poursuit le porte-parole béninois. « Notre Église, c’est notre affaire, résume-t-il. Le Seigneur nous a donné des terres et deux saisons des pluies. À nous d’en tirer parti. »

Mais pour beaucoup, les débats autour de l’autofinancement vont bien au-delà des questions économiques. « C’est une prise de conscience que l’Église est une famille à laquelle chacun appartient, estime le Père Éric Okpeitcha. Il faut que les gens prennent conscience de cela. Il y a encore un peu de travail. » À Lomé, le Père Hodanou murmure : « Les pauvres, il y en aura toujours. Même s’il n’y a plus de bailleurs extérieurs. »

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