L’abbé Donatien Nshole : « Je demanderais aux amis de la CENI de considérer l’enjeu de leur travail par rapport à la population… »

L’abbé Donatien Nshole : « Je demanderais aux amis de la CENI de considérer l’enjeu de leur  travail par rapport à la population… »

L’abbé Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, a été abordé par la presse le 18 octobre dernier, date anniversaire de l’Accord de la cité de

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L’abbé Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, a été abordé par la presse le 18 octobre dernier, date anniversaire de l’Accord de la cité de l’Union africaine, pour débattre de certains sujets d’actualité. Voici ce que l’abbé a déclaré à la presse :   

l'abbé

L’abbé Donatien Nshole

 La Presse (LP) : Monsieur l’abbé, une année après l’Accord de l’Union africaine qu’on appelle l’Accord du 18 octobre, quelle lecture faites vous par rapport à l’Accord de la Saint Sylvestre ?

Abbé Donatien Nshole (ADN) : Je crois qu’on n’a plus à opposer l’Accord du 18 octobre face à celui du 31 décembre dans la mesure où parmi les participants de l’Accord du 31 décembre 2017 se trouvent aussi ceux qui ont participé à l’Accord du 18 octobre. En toute logique, l’Accord du 18 octobre est devenu caduc du moment que l’Accord du 31 décembre a été signé. En d’autres termes, l’Accord du 31 décembre a assumé celui du 18 octobre.

LP : Les gens disent qu’apparemment c’est  l’Accord du 18 octobre qui est en œuvre par rapport à celui du 31 décembre

ADN : Je crois qu’il y a des acquis importants qu’on trouve dans l’Accord du 31 décembre et qui ne se trouvent pas dans l’Accord du 18 octobre. Dans l’Accord du 18 octobre, il n’était pas clairement dit que l’actuel président de la république ne se présentera pas pour un 3ème mandat. Dans l’Accord du 18 octobre, on n’a pas dit explicitement qu’on ne toucherait pas à la constitution, donc qu’il n’y aura pas référendum. Ce sont là des éléments qui montrent que l’Accord du 31 décembre a fait plus que ce qui a été fait à la cité de l’OUA. Bien sûr, il y a beaucoup de choses qui se retrouvent là dedans, mais il y a de choses qu’on ne retrouve pas dans l’Accord du 18 octobre mais qui se trouvent dans l’Accord du 31 décembre.

LP : Monsieur l’abbé, nous avons appris que la CENCO a effectué une tournée de plaidoyer en Europe pour la mise en application de l’Accord du 31 décembre. Pouvons-nous en connaître les retombées ?

ADN : Il faut reconnaître que l’Accord du 31 décembre, qui a été bien accueilli par la population et par la communauté internationale, n’est pas encore appliqué comme souhaité. Il y a certaines dispositions qui ont été exécutées de façon non consensuelle et qui posent problème, notamment la nomination du premier ministre, la nomination du président de CNSA. Mais là où tout le monde a une attention soutenue, c’est sur l’échéance des élections. Les évêques, quand bien même, ils ont renoncé à la forme de la médiation qu’ils avaient acceptée pour aider les politiciens à conclure l’accord, les évêques restent quand même  parrains de cet accord. Les évêques sont convaincus que l’Accord du 31 décembre constitue l’unique feuille de route susceptible de sortir le pays de la crise de façon pacifique. Voilà pourquoi, en vertu de leur mission prophétique, ils continuent à appeler tous ceux qui peuvent faire quelque chose à contribuer, à aider pour que cet accord soit mis en application comme il faut. Il ya un appel qui a été lancé au peuple congolais dans leur message de 23 juin « Le pays va très mal : Débout Congolais ». Mais, il faut reconnaître aussi que nos partenaires, les amis du Congo, la communauté internationale a beaucoup à faire. Une des raisons  qui ont été présentées pour justifier le fait qu’on n’a pas organisé les élections, est le financement. Donc, il y a beaucoup de choses que nous pouvons faire aussi grâce à l’aide de la communauté internationale. Il ne s’agit pas de vendre la souveraineté du Congo, mais il s’agit de demander l’appui de nos partenaires pour nous aider à faire ce que nous pensons juste et que nous avons décidé de faire. Donc là, les évêques ont fait une tournée pour sensibiliser ceux qui peuvent faire quelque chose, pour contribuer à ce que le processus électoral aille de l’avant. Il n’y a pas de retombée mathématique, le message est passé. Mais il faut comprendre que ce n’est pas l’étranger qui viendra trouver une solution à nos problèmes, l’étranger ne peut venir qu’en appui à nous, peuple congolais. Nous ne devons nous dédouaner de ce que nous devons faire pour attendre seulement les occidentaux.

LP : Monsieur l’abbé, vous l’avez dit, la CENCO a parrainé l’Accord de la Saint Sylvestre et elle continue à appuyer un peu les politiciens congolais. Aujourd’hui, la CENCO pense-t-elle qu’il faudrait mettre en application cet accord, quand bien même on sait que, d’après cet accord, le premier ministre est issu de l’opposition et même le président du CNSA est issu de l’opposition ?

ADN : Je crois que la perfection n’est pas de ce monde, mais il faut sauver l’essentiel. L’essentiel pour nous ce sont de bonnes élections dans les meilleurs délais, l’essentiel pour nous ce que la constitution soit respectée, particulièrement dans les dispositions prises en compte dans l’accord, par exemple, le fait que le président de la république n’a pas droit à un 3ème mandat. C’est ça l’essentiel. Si on n’a pas réussi à tout exécuter à la lettre, mais il y a quand même beaucoup de choses qu’on peut sauver. Mieux vaut ça que le contraire.

LP : Monsieur l’abbé, vous parlez qu’il y a de choses qu’on peut encore sauver. Mais il ne reste que deux mois. Pensez-vous que dans deux mois on peut encore récupérer l’irrécupérable ?

ADN : Je crois qu’il faut être réaliste. L’accord avait effectivement prévu que le Gouvernement, la CENI et le CNSA évaluent unanimement. La difficulté que nous avons maintenant, c’est que le Gouvernement et le CNSA  n’ont pas fait l’objet d’un consensus. Le plus important maintenant c’est un calendrier qui mettrait d’accord tous les congolais et nous pensons que les hommes politiques vont prendre leurs responsabilités pour aider le pays à aller de l’avant.

LP : Au sujet des élections, il y a les chiffres 504 qui fâchent. Tout le monde en parle, même dans les réseaux sociaux. On ne sait pas encore la position de la CENCO. Qu’en dites-vous ?

ADN : La CENCO ce n’est pas le président, la CENCO ce n’est pas l’abbé Nshole, la CENCO c’est l’Assemblée des évêques qui ne se sont pas encore réunis depuis que cette déclaration a été faite par le président de la CENI. A mon niveau, je me limite à poser la question de savoir « Pourquoi cette déclaration à ce moment-là alors que dans les dispositions de l’accord il fallait attendre le travail qui est entrain d’être fait maintenant par la tripartite ? ». A ce niveau, je ne peux que me limier à donner quelques conseils à nos amis de la CENI sans me prononcer sur les 504 jours parce que les évêques n’ont encore rien dit maintenant. J’ai cru comprendre que ces 504 jours étaient justifiés par des raisons techniques, c’est-à-dire qui s’appuient sur la science électorale. Si j’ai un conseil à donner c’est qu’il faut mettre de l’âme dans la science, parce que la science sans âme n’est que ruine de l’âme. Je demanderais aux amis de la CENI de considérer l’importance, l’enjeu du travail qu’ils sont en train de faire par rapport à la population, qu’ils mettent un peu de l’âme dans leur science, et aussi qu’ils tiennent compte de leur responsabilité historique. Ils sont engagés dans l’histoire de ce pays à un moment crucial et l’histoire se souviendra toujours d’eux. Il faudra, pour nous tous, se poser la question un jour, qu’est ce que l’histoire dira de moi, qu’est-ce que l’histoire retiendra de moi. Pour ceux qui ont des femmes et des enfants, cette question devra être encore plus percutante que pour nous, les célibataires, parce qu’il y a toute une génération à gérer. Ce sont là les conseils que je peux donner. Comme je l’ai dit, les évêques ne se sont pas encore prononcés, si jamais ils vont se prononcer, vous le saurez.

LP : Monsieur l’abbé, le 23 juin dernier, les évêques ont dit « Peuple congolais, décembre approche » et aujourd’hui nous nous approchons de ce mois. Est-ce que l’Eglise garde toujours sa position ou a changé de message ?

ADN : L’Eglise n’a pas changé de message. Je crois qu’une des caractéristiques de la CENCO c’est la constance. Se rendant compte du fait que l’homme politique ne prenait pas au sérieux la crise dans laquelle gît la population, les évêques ont demandé aux congolais, aux fidèles catholiques, chrétiens et hommes de bonne volonté de se mettre debout, ce n’est pas dans le sens d’une insurrection, d’une révolution pour détruire, mais plutôt pour exiger, avec les moyens constitutionnels, des acteurs politiques, le respect de ce qui est fondamental pour eux, c’est-à-dire les élections dans les meilleurs délais.

LP : Monsieur l’abbé, il y a ceux qui disent que pour sauver l’Accord de la Saint Sylvestre, comme il reste deux mois, il faudrait encore un troisième dialogue. Et si vous êtes sollicité comme la CENCO, êtes-vous partant ?

ADN : La CENCO n’est pas sollicitée, la CENCO ce n’est pas moi. Certainement, les évêques se poseront  la question de l’opportunité de retourner pour un nouveau dialogue, alors que le premier dialogue était bien conclu. Les difficultés se sont montrées au niveau de l’application.

LP : Il ya des gens qui affirment que le chef de l’Etat s’est servi de la CENCO pour  passer en 2017. Faut-il qu’à la veille du mois de décembre que l’on vous demande d’organiser un dialogue dans le format que vous voudrez ?

ADN : C’est vrai qu’il y a eu des accusations selon lesquelles la CENCO a favorisé le glissement. Je crois que ce n’est pas juste de voir les choses de cette façon. Les évêques ont agi en bons pasteurs, en hommes responsables parce que le chaos ne serait pas une solution. La conclusion à laquelle les évêques sont arrivés dans leur travail, au 31 décembre, était vraiment satisfaisante. S’il y avait bonne foi de la part des acteurs politiques, ceux là même qui ont signé l’accord, on ne serait pas mis en difficulté aujourd’hui. Va-t-on se retrouver dans le même cas de figure ? Je crois que l’expérience rend sage. Les évêques ne sont pas naïfs. C’est sût qu’ils vont apprécier les choses à la lumière du travail qui a été fait.

LP : Pouvons-nous nous imaginer une transition politique sans Joseph Kabila comme le souhaitent certains politiciens ?

ADN : Ce sont des points de vue politiques, chacun est libre d’émettre son opinion. Le plus facile pour nous ce sont les élections dans les meilleurs délais.

Propos recueillis par JR Bompolonga

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