Comme le Pape au Vatican, la CENCO prie pour la Paix en RDC à Kinshasa

Comme le Pape au Vatican, la CENCO prie pour la Paix en RDC à Kinshasa

Les évêques de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) en Assemblée plénière extraordinaire à Kinshasa, ont coprésidé, le jeudi 23 novembr

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Les évêques de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) en Assemblée plénière extraordinaire à Kinshasa, ont coprésidé, le jeudi 23 novembre 2017, une célébration de prière pour la paix en RDC. Elle a eu lieu dans la cathédrale Notre Dame du Congo, en présence du nonce apostolique en RDC, des prêtres et fidèles.

Au début de la messe, Mgr Marcel Utembi, président de la Cenco, a rappelé que cette célébration « est à la suite de l’initiative du Pape François de consacrer un moment à la «  prière pour la paix au Soudan du Sud et en République Démocratique du Congo », ce jeudi 23 novembre 2017. C’est ainsi que l’Eglise catholique de la RDC, par le biais de ses pasteurs, a voulu, à travers une célébration eucharistique, non seulement exprimer sa communion avec le Saint-Père et le remercier pour sa sollicitude paternelle spéciale à l’égard de notre pays, mais aussi marquer notre  engagement pour la consolidation de la paix dans notre pays, particulièrement en ce moment crucial marqué par la crise économique, sociopolitique et sécuritaire ».

Dans le même ordre d’idées, le président de la Cenco a ravivé les mémoires de fidèles, en indiquant qu’il y a de cela 4 mois, jour après jour, que la Cenco, à travers un message intitulé « Le pays va très mal. Debout congolais », avait émis ses inquiétudes et préoccupations face à la détérioration continue de la situation économique, sécuritaire et humanitaire en RD Congo. Voila pourquoi nous sommes réunis ce soir en communion avec le Saint-Père, le Pape François, pour implorer de Dieu la grâce de la paix dans notre pays et de faire de nous des artisans de la paix », a déclaré Mgr Marcel UTEMBI.

Junior Malula kitambala(stagiaire)

 

L’intégralité de l’Homélie de S.E. Mgr Marcel UTEMBI, président de la Cenco, Kinshasa le 23 novembre 2017

1ère Lecture : Si 36, 1.10-17

Evangile : Luc 4,14-22

Mgr Utembi président de la CENCO,

Eminence, Excellences, Messieurs les Abbés, Révérends Pères, Révérends Frères, Révérendes Sœurs, Chers frères et sœurs,

  1. Depuis l’indépendance en 1960, le rêve des congolais a toujours été de « bâtir un pays plus beau qu’avant ». Mais, au regard des crises récurrentes dans notre pays, ce rêve semble s’être arrêté dans l’hymne national.

En ces jours, plusieurs tragédies humaines se déroulent dans notre pays, avec des zones entières occupées par des milices qui y règnent en maîtres, l’insécurité dans plusieurs provinces de l’Est, du Centre et du Sud, notamment l’Ituri, le Nord Kivu, le Sud Kivu, le Tanganyika, le Kasaï et le Kasaï central. Nous sommes tentés de dire que le rêve tant attendu est loin d’être accompli.

  1. La RD Congo ressemble à l’homme dépouillé par des bandits, blessé et abandonné au bord du chemin, dont nous parle le récit du bon samaritain dans l’Evangile selon Saint Luc (Luc 10, 29-37). Aujourd’hui, la RD Congo est un pays pillé, ensanglanté et désespéré. Les conflits armés dans certaines zones, la crise sociopolitique, sont des faits qui témoignent les misères sociales quasi généralisées à notre charge, que nous n’avons pas assez de force pour réaliser la paix.

La paix est un don de Dieu

  1. Oui, chers frères et sœurs, seuls nous ne savons pas réaliser la paix tant rêvée. La vraie paix nous vient de Dieu, c’est un don de Dieu. Tel est le message que nous tirons de l’invitation faite par le Pape François afin de prier pour la paix en République Démocratique du Congo et au Soudan du Sud. En effet, le Pape Benoit XVI nous rappelait que la Paix suppose un engagement. Ce qui nous indique que la paix est à la fois don de Dieu et fruit de notre engagement (cf. Africae Munus).
  2. Voilà pourquoi, en communion avec l’Eglise, nous sommes rassemblés pour tourner nos regards vers le Seigneur et lui lancer un appel en faveur de notre pays. Nous faisons un appel ardent comme celui de l’Ecclésiaste entendu dans la 1ère lecture : «aie pitié…regarde…Lève la main….montre-toi… ….Renouvelle les prodiges…fais d’autres miracles….glorifie ta main et ton bras droit…. » (Si 36, 1.10-17)
  3. Oui chers frères et sœurs, le passage de la 1ère lecture est une prière adressée au Seigneur en faveur du Peuple d’Israël alors que celui-ci est déporté en exil. L’Ecclésiaste demande les faveurs de Dieu pour Israël ; il implore la pitié pour le peuple Elu et pour la ville Sainte, Jérusalem. C’était au fait le rêve d’un retour de tous les exilés. Ce grand rêve devient prière : « rassemble toutes les tribus de Jacob ». Plutôt que tomber dans le fatalisme, on se tourne vers Dieu, on prie. Et l’initiative du Pape François vient ainsi comme un souffle d’espérance nous dire de ne pas tomber dans le fatalisme.
  4. Face à la crise multiforme que vit notre pays, nous pouvons nous poser la question de savoir d’où nous viendra le secours ? La réponse est que notre secours est dans le nom du Seigneur.
  5. Avec lui la victoire sur la violence est toujours possible. Nous nous tournons donc en ce moment vers le Seigneur, car il vient, il vient pour gouverner la terre ; il vient pour nous sauver, il est la vraie paix, le vrai libérateur. Tel est le message central du passage de l’Evangile que nous venons d’entendre.
  6. Poussé par l’Esprit Saint, Jésus est rentré dans la Synagogue de son village Nazareth. Aujourd’hui, c’est vers la République Démocratique du Congo que le Seigneur vient, comme il le fit à Nazareth ; Jésus vient vers nous, comme le Bon Samaritain vers l’homme blessé abandonné sur la route. Il nous dit à notre tour : « l’Esprit de Dieu repose sur moi, Esprit de Dieu m’a consacré et m’a envoyé, proclamer la paix et la joie, annoncer la Bonne nouvelle aux pauvres » (Lc 4, 14-22).
  7. Chers fidèles, la paix est l’un des principaux dons qui accompagnent la présence du Christ. Nous nous rappellerons qu’à chaque fois qu’il est apparu aux disciples, sa salutation était celle du souhait de la paix : «  la paix soit avec vous » (Jn 20,19), « je vous donne ma paix… » (Jn 14,27). Telles sont des paroles fortes qui rassurent que la vraie paix est un don de Dieu. Cependant, ce don suppose un engagement.

La paix suppose un engagement

  1. Cet engagement peut s’exprimer en termes d’accueil, d’annonce et de construction. Les paroles de notre Seigneur nous redisent que nos espoirs de la paix ne sont pas vains, mais qu’ils se réaliseront par la puissance de l’Esprit Saint. Ce qui nous invite à ouvrir nos cœurs, à y accueillir l’Esprit Saint qu’il puisse y accomplir son œuvre de libération et de sanctification. Accueillir l’Esprit Saint c’est d’être attentif à la parole de Dieu et mener sa vie à la lumière de cette parole ; en d’autres termes, être attentif à la volonté de Dieu et chercher à l’accomplir. (Mt 12,50).
  2. Si la paix est un don de Dieu, elle est en même temps une mission, tout comme le Seigneur disait à ses disciples «  je vous donne ma paix. Tout comme le père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20, 21) ; l’accueil de l’Esprit Saint fait de nous des missionnaires. Voilà ce qui nous fait constamment prier avec Saint François d’Assise : « Seigneur fais de nous des ouvriers de paix, fais de nous des bâtisseurs d’amour. Là où il y a la haine que nous mettions l’amour ; là où il y a l’injustice que nous apportions la paix, là où il y a la guerre que nous apportions la justice : là où il y a des conflits que nous apportions la réconciliation… » . [sociales, la clarté de l’Evangile, la splendeur de Jésus-Christ, la vraie lumière qui « éclaire tout homme » (Jn 1, 9). Chacun de nous est appelé à devenir opérateur de la paix.
  • Etre opérateur de la paix, c’est reconnaitre les maux qui rongent les cœurs et affectent le progrès de notre pays. C’est reconnaitre le caractère destructif de certains de nos actes : la violence, la corruption, la gabegie.
  • Etre opérateur de paix c’est changer nos attitudes et mentalités pour une nouvelle vie. Plutôt qu’à chercher seulement le pouvoir ; avoir et surtout faim et soif de la justice et de la paix.
  • Etre opérateur de la paix c’est s’engager pour mener des actions, revendiquer nos droits par des actions de non violence ; c’est s’engager pour le respect de la dignité humaine.
  • Etre opérateur de la paix, c’est s’engager à une gestion saine de la chose publique, à partager l’espace politique avec les autres ; car un pays comme le nôtre étant une république, il est une maison commune où tout doit se partager de façon équitable.
  • Etre opérateur de la paix, c’est dans le contexte qui est le nôtre, s’engager pour faciliter et participer activement à l’organisation des élections libres et transparentes.
  • Etre opérateur de la paix, c’est s’engager à exercer sa parcelle de pouvoir dans la société, comme un service à la lumière de Jésus qui, tout étant Maître, a lavé les pieds de ses disciples.
  • Etre opérateur de la paix, c’est s’engager pour la construction d’un Etat de droit, c’est-à-dire un Etat où tout le monde est protégé par le droit, un Etat gouverné dans lequel, tout citoyen, riche ou pauvre, gouvernant ou simple citoyen, se sent protégé par des lois justes].

 

  1. Oui, la paix c’est l’accueil de l’Esprit Saint, c’est l’annonce de la présence de Dieu qui fait de nous des frères et sœurs qui s’aiment dans la joie. Voilà pourquoi nous devons prier les uns pour les autres : pour les familles, pour les jeunes, pour ceux qui s’engagent dans la politique, pour ceux qui nous gouvernent, pour que nous ayons tous à cœur de nous mettre ensemble pour construire notre pays.
  2. Que la Très Sainte Vierge Marie, Reine de la paix, intercède pour nous. Qu’elle soutienne nos initiatives de réconciliation, qu’elle consolide tout effort de justice et tout engagement pour la paix. Et que le Père miséricordieux bénisse notre pays la République Démocratique du Congo.

 

Marcel UTEMBI TAPA

Archevêque de Kisangani

Président de la CENCO

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