Abbé Vincent Tshomba : « L’important, pour moi, c’est que le peuple sache jouer son rôle dans le jeu démocratique de manière continuelle et permanente »

Abbé Vincent Tshomba : « L’important, pour moi, c’est que le peuple sache jouer son rôle dans le jeu démocratique de manière continuelle et permanente »

Quelques jours après la répression de la marche des fidèles catholiques de la RDC en général et  de Kinshasa en particulier, à la suite de l’appel

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Abbé Vincent Tshomba

Abbé Vincent Tshomba

Quelques jours après la répression de la marche des fidèles catholiques de la RDC en général et  de Kinshasa en particulier, à la suite de l’appel du  Comité laïc de coordination à marcher, le 31 décembre 2017, pour exiger l’application de l’accord de la Saint-Sylvestre, les voix ne cessent de se lever à travers le monde entier pour condamner, avec la dernière énergie, la barbarie dont ont fait preuve les services de l’ordre et de sécurité de la RDC. L’agence catholique de presse Dia, en vue de faire la lumière sur cet événement malheureux, a rencontré le doyen des curés doyens de l’archidiocèse Kinshasa, Mr l’abbé Vincent Tshomba, un des initiateurs de ladite marche, le samedi 06 janvier 2018 à paroisse Saint Joseph de Matonge.

DIA : Monsieur l’abbé, quelles sont les attributions et les compétences du doyen du collège des curés doyens ?

Abbé Vincent Tshomba (AVT) : D’abord, il faudra que je définisse clairement le rôle du curé doyen. Le curé doyen ou autrement, selon le droit, le vicaire forain, c’est quelqu’un qui, au nom de l’évêque, prend en charge une portion du territoire du diocèse, qui regroupe un certain nombre des paroisses. Il représente l’évêque et  accompagne ses confrères prêtres, les réunit pour discuter de la pastorale d’ensemble dans le secteur où ils exercent leur ministère compte tenu du contexte et des particularités de chaque secteur. Il aide ses confrères prêtres à exécuter correctement leurs charges pastorales. Il suit de près leur situation, leurs conditions des vies et leur santé. C’est cela sa responsabilité. Tenant compte de leur office, les curés doyens font partie, dans les structures de l’église, du conseil diocésain qui est comme le gouvernement du diocèse.

Quand nous utilisons nous, ici à Kinshasa, le terme de « collège », c’est quand, avec le mandat de l’évêque diocésain, les curés doyens se réunissent pour réfléchir sur un bon nombre des questions touchant le bon fonctionnement du diocèse, notamment la pastorale d’ensemble. Puisque se réunissant seuls sans l’évêque, on ne peut pas parler à ce moment là du conseil épiscopal, c’est pourquoi, nous utilisons le concept du collège. Pendant ce moment, le doyen des curés doyens, joue alors le rôle de modérateur.

Ce terme de doyen des curés a été mis en exergue à Kinshasa en septembre 2014, quand tous les évêques étaient en visite « Ad Limina » au Vatican auprès du Pape, j’avais reçu la charge de la gestion du diocèse pendant ce temps. Cela grâce à mon titre de doyen des curés doyens et donc c’est dans ce contexte, qu’il faut situer le rôle que j’essaie de jouer maintenant.

DIA : Le curé doyen est-il nommé ou élu par l’archevêque ou le collège des curés doyens ?

AVT : Le doyen des curés doyens n’est ni nommé ni élu mais c’est par rapport à l’ancienneté. Pour mon cas, je suis le seul parmi mes confrères à assumer consécutivement pendant une quinzaine d’années, le rôle du curé doyen.

DIA : Très récemment, vous étiez l’objet d’une plainte à la justice pour avoir initié la sonnerie des cloches dans les paroisses de Kinshasa, où en êtes-vous? Avez-vous le sentiment que c’est un procès politique ?

AVT : Au départ oui, puisque c’est parti des sorties tapageuses d’un parti politique sur les médias, qui s’en est pris même à l’Eglise catholique, la traitant même de terrorisme et à moi l’initiateur de cette lettre qui a circulé dans les médias. Au fond, c’est plus qu’un fait banal même si derrière il y a ces intentions là, mais la crainte est que cela se transforme à un procès politique,  on peut fortement le minimiser. Aujourd’hui, l’affaire est simplement au niveau de l’instruction et je pense que, selon ma conviction, c’est un dossier vide, un scénario qu’on a monté tout simplement pour essayer de me décourager et tous ceux qui voudraient s’engager dans cette dynamique, pour répondre à l’appel des évêques et exiger le respect de l’accord. Je pense normalement que c’est un dossier qui devrait normalement être classé.

DIA : On a observé ce dernier temps, l’adhésion de la population congolaise en général et kinoise en particulier à vos initiatives notamment la sonnerie des cloches et la marche du 31 décembre 2017. Comment  l’appréciez-vous?

Fidèles dans une église

Des fidèles dans une église

AVT : Evidemment, c’est un thermomètre pour nous rendre compte du degré de révolte qui habite les cœurs des congolais aujourd’hui, qui veulent exprimer leur ras-le-bol, devant  cette situation de misère et de souffrance que nous connaissons, devant l’incurie, devant la médiocrité, la cupidité de la classe politique et devant le blocage politique, tel que d’ailleurs, les évêques l’avaient bien décrit dans leurs deux dernières lettres, celles de juin et novembre 2017. Blocage dû au non application de l’accord de la Saint-Sylvestre et de la non-tenue des élections. Aujourd’hui, le tableau est tellement sombre qu’on ne peut pas le décrire, la corruption, le détournement des fonds publics, l’immoralité même à la télévision à travers des sorties tapageuses des uns et des autres, quand il s’agit des débats politiques, l’irresponsabilité et tout cela  ne peut que traduire la médiocrité de notre classe politique et cette adhésion ne pouvait que se comprendre. Pour prendre des telles initiatives, nous avons observé une dynamique déjà dans le chef de la population qui voulait réagir. Se mettre débout pour manifester son mécontentement est le fait de ne plus avoir confiance à la classe politique de notre pays.

DIA : Quelle est votre évaluation de deux initiatives que vous avez lancées et croyez-vous en l’efficacité de ces méthodes pour obtenir l’application intégrale de l’accord de la Saint sylvestre ?

AVT : Je pense que c’est une action commune que nous avons voulu mener, mais le peuple avant tout. Mais le peuple ne sait pas agir toujours seul, il a besoin d’accompagnement et d’encadrement.  Il y a eu l’initiative du Comité laïc de coordination, il y a eu l’engagement de nous, les  pasteurs, nous qui vivons au quotidien la misère du peuple, bref, c’était une synergie qui s’est créée. Nous pensons que la mobilisation a été effective pour les deux actions. La sonnerie des cloches, la population a adhéré et l’a accompagnée, à travers toute sorte des manifestations et nous avons vécu, le 31 décembre 2017, cette mobilisation des fidèles et de la population en général malgré la répression et la barbarie qu’ont manifesté à l’endroit de la population les forces de l’ordre et de sécurité. Nous savons senti cette détermination de la population d’aller de l’avant et nous pensons que cela ne va pas s’arrêter. C’est un processus, il ne faut pas attendre un résultat immédiat et je pense que le peuple ne va pas baisser les bras, il va continuer à se lever, à se mettre débout et  à répondre à l’appel de nos pères évêques, pour prendre son destin en mains. Cela s’est véritablement démontré à la manifestation du 31 décembre.

DIA : Comptez vous projeter d’autres actions dans l’avenir ou alors vous avez le sentiment d’avoir accompli votre engagement civique ?

AVT : Eh bien,  comme je venais de le dire, c’est une dynamique, c’est un processus et cela ne va pas s’arrêter. L’important pour moi, c’est que le peuple sache jouer son rôle dans le jeu démocratique de manière  continuelle et permanente. On a mis dans notre tête, dans notre esprit que le peuple n’intervient dans le jeu démocratique seulement pendant les échéances électorales et que le seul acte que le peuple peut poser dans une démocratie, c’est d’aller voter. Non, le peuple doit contrôler, suivre, s’impliquer et participer dans l’action politique, et pour nous l’église nous recommandons toujours à nos fidèles, en tant que sel et lumière du monde, à jouer un rôle premier, en tant que chrétien et  témoin du Christ même dans l’action politique. Il faut comprendre cela comme un engagement permanent qui doit continuer et ne doit pas s’arrêter.

DIA : Avez-vous un message particulier à l’endroit de vos confrères curés doyens des différents diocèses de la RDC qui hésitent encore à vous emboîter le pas?

AVT : Chacun est appelé à prendre conscience de sa responsabilité en tant que pasteur et prendre conscience du rôle prophétique que nous avons à jouer en tant que prêtre à la suite de Jésus- Christ. Etre prophète, c’est pouvoir se lever, dénoncer, lutter pour la justice et la vérité. C’est cela notre vocation et notre ministère. Et nous devons agir en toute responsabilité, puisque nous palpons et accompagnons chaque jour leurs misères et leurs  souffrances, c’est ainsi que nous avons aussi l’obligation de prendre sur nous ses espoirs et ses espérances. Nous devons être comme  les pasteurs aux odeurs des brebis, dixit le Pape François.  Donc palper la réalité de la vie de chaque jour que traverse cette population et nous mettre à  leur coté, pour pouvoir mener le combat avec eux pour la justice, la libération, la paix et le bien-être.

DIA : Votre message des vœux en cette nouvelle année 2018 aux milliers des congolais.

AVT : Le message essentiel ne peut être que la Paix. La paix pour chacun, la paix  pour chaque famille, la paix pour notre nation et la paix pour qu’ensemble nous allions vers des élections  crédibles et transparentes, et cela ne peut se faire qu’ensemble et dans un esprit de cohésion nationale. C’est cela le sens du  combat que nous essayons de mener. Nous ne pouvons que souhaiter la paix, rien que la paix.

Propos recueillis par Junior Kitambala (stagiaire)

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