2018: Enjeux électoraux en RD CONGO

2018: Enjeux électoraux en RD CONGO

Après l'opération de dépôt de dossiers pour les élections provinciales qui s'achève ce jeudi 12 juillet 2018, l'Agence DIA propose une réflexion sur l

Invalidation de candidatures à la présidentielle de décembre 2018 : L’impartialité de la CENI mise à rude épreuve
Avec l’invalidation de Jean-Pierre Bemba, la crainte de la CENCO se confirme
Après le recours de Bemba à la Cour constitutionnelle, la CPI va-t-elle soutenir ou éclabousser la Céni ?

Après l’opération de dépôt de dossiers pour les élections provinciales qui s’achève ce jeudi 12 juillet 2018, l’Agence DIA propose une réflexion sur les élections en général en République Démocratique du Congo d’un chercheur-ingénieur.

2018: ENJEUX ELECTORAUX EN RD CONGO
par Dr J.P.M. NYEMBWE.

Voteront ? Ne voteront-ils pas ? La question mérite d’être posée tant les Congolais sont dubitatifs quant à la tenue des élections présidentielles et législatives en cette année 2018. En effet, les nombreuses tergiversations et glissements de calendrier à l’initiative de la mal-nommée Commission Electorale Nationale Indépendante (C.E.N.I en sigle) – jusqu’ici (euphémisme !) à la botte de l’Exécutif congolais – laissent légitimement planer le doute.
Il est temps en RD Congo, selon le mot fameux de Muzee L.D. Kabila de se débarrasser « d’un conglomérat d’aventuriers » qui se sont acoquinés avec les caciques de la 2ème République (ex-Zaïre) pour faire main-basse sur l’appareil d’Etat et s’éterniser au pouvoir dans le but d’assouvir leurs besoins de richesses au grand dam de la population congolaise. C’est ainsi que celle-ci, malgré les ressources incommensurables (tant du sol que du sous-sol) de la RDC, demeure l’une des populations les plus pauvres de la planète. Et assurément, avec ces « médiocres à la barre » la RDC demeurera encore longtemps parmi les PMA !

 

Pays les moins avancés 2018

Pays les moins avancés 2018

Or, à en croire les thuriféraires du pouvoir actuel, les kabangistes – (et eux seuls) – auraient des solutions pour la RDC; son opposition, forcément, ne serait pas crédible ni apte à accéder au pouvoir… Singulière démocratie que cette démocratie kabiliste qui verrait toujours les mêmes se perpétuer au pouvoir quand bien même la paupérisation du peuple congolais nécessiterait qu’on les congédiât manu-militari. En effet, après 17 ans de pouvoir de Kabila jr, la RDC n’a pas quitté les tréfonds des classements mondiaux et les indices de développement sont quasiment tous déplorables !… Dans le même laps de temps, l’Ethiopie qui sous H.M. Mengistu (déboulonné en 1995) était logé à une enseigne semblable, fait aujourd’hui (2018) partie du peloton de tête des économies africaines.

Actuellement – avec des représentants hors mandat dans la quasi-totalité des Institutions de la République (à commencer par la Présidence !) – la RDC est semblable à un bateau ivre…
Alors, comment s’en sortir ?!

 

§ 1 – INTRODUCTION
Exclure – à priori – le recours aux armes, revient à admettre prosaïquement que l’ensemble des parties prenantes adhèrent sans arrière-pensées machiavéliques au principe de l’alternance démocratique.
A considérer que les échéances électorales moult fois bafouées seront finalement respectées en cette année 2018 (compte tenu de la lutte de la société civile, de l’Eglise et des pressions tant endogènes qu’internationales); il conviendrait que le peuple Congolais exigeât un débat à la hauteur des enjeux d’avenir du pays avant (que) de porter son choix sur un Homme capable d’incarner ses aspirations. Hélas, la classe politique congolaise se complaît dans des chamailleries de coteries au lieu de débattre de projets de société pour sortir le pays de l’ornière du sous-développement et cela six décennies après l’indépendance politique !…

Alors que les (plus) grands esprits ont dénombré une dizaine d’écoles de pensée, l’inflation du nombre de partis politiques dans les pays d’Afrique (et singulièrement dans la 3ème République en RDC avec un record de 590 partis politiques officiels !!!) dénote du caractère pathologique de la démocratie sur le continent africain.

Trop souvent, au lieu de l’envisager comme la mise au service de l’intérêt général, les hommes politiques congolais considèrent la politique comme le plus court chemin vers l’enrichissement personnel : c’est la poursuite du Vent, de l’illusion et de la vanité du pouvoir. Ils confirment ainsi par devers eux que la perte de tout sens moral est la porte ouverte à toutes les formes de fraude, de corruption et de turpitude. Et « fraus omnia corrumpit » (la fraude corrompt tout) !

Par ailleurs, dans ces temps d’incertitude(s) où les tractations politiciennes vont bon train et que les cliquetis en sourdine des armes se font des plus discrets, il est bon de se souvenir que l’histoire récente du Congo est faite de soubresauts aussi violents qu’attendus. Nul ne devrait l’ignorer…
Il m’appert ainsi que « le Mal congolais » réside avant tout dans le choix des hommes de pouvoir et le juridisme qui n’en finit pas de faire végéter le Congo dans les affres du sous-développement… Cela est très justement traduit par le déplorable indice de développement humain (IDH) du Congolais.

A contre-courant de ce que l’on observe dans les pays qui comptent (aussi bien ceux de l’OCDE, des BRICS que de l’ASEAN) où les économistes et les plus doués des « sciences dures » sont omniprésents dans toutes les sphères de direction, en RDC on attribue la direction des affaires (notamment technologiques !), les postes et les ministères techniques à des avocats ou autres hommes du Droit ! Cette fascination pour les hommes du verbe et de la ‘legge feranda’ semble remonter au gouvernement des Commissaires de 1960 (à une époque historique où le pays était en déficit d’élite dans tous les domaines). Or ils se sont montrés faillibles et leurs successeurs en politique se laissent abreuver de nos jours…D’où la mauvaise gestion et l’inefficacité dans la gouvernance globale surtout en cette ère de transformation digitale et d’accélération de la phase 4.0 de l’industrialisation. [1]

C’est pour avoir toujours voulu servir les intérêts partisans au lieu de l’intérêt général du peuple que le politicien Congolais, à quelques rares exceptions près, s’apparente plus à un affairiste qu’à un Homme d’Etat !

Ainsi, en RDC nous avons peu de véritables politiciens patriotes et un trop plein de « ventriotes » selon le néologisme bien à propos du Pr. Kitsoro…

§ 2 – CONSIDERATIONS ETHIQUES.

Ethique 2018

Ethique 2018

Il est profondément lamentable –en ces temps d’avènement de l’économie numérique, de la transformation digitale et de la transition écologique – que la RDC au lieu d’émerger (selon les slogans en vogue dans la propagande gouvernementale) n’en finit pas de s’enfoncer dans un retard sidérant de développement, y compris vis-à-vis de ses voisins de l’Est africain.
Loin des considérations géopolitiques et géostratégiques que justifieraient la géographie de la RDC et ses richesses (souvent spécifiques ou quantitativement significatives), les dirigeants actuels et la majorité des acteurs de la classe politique congolaise évoluent comme des « canards sans têtes », mus presqu’exclusivement par l’appât du gain, la mauvaise gouvernance et l’absence de réflexions prospectives.

Aussi pour se tirer d’affaires, l’urgence impose de poser les bonnes questions. [3] Notamment celles-ci:
– quel projet de société faut-il soutenir ou promouvoir ?
– quel leader charismatique choisir pour la RDC eu égard au trop plein de candidats (y compris des plus farfelus…Suivez mon regard !) ?
Pour décanter, examinons les critères incontournables et les qualités requises pour être un prétendant à la hauteur.
La qualité première d’un dirigeant démocrate, c’est de cultiver les vertus cardinales compatibles avec l’esprit citoyen tel que formulé dans la Déclaration des Droits de l’Homme & du Citoyen (1789) ; et concomitamment de promouvoir un leadership capable d’une volonté et d’une ambition partagées afin de servir l’intérêt général et mieux répondre aux besoins de la population congolaise (c.à.d. de ses concitoyens). Ces vertus cardinales & citoyennes sont de fait condensées dans le tryptique « Justice, Paix, Travail ». (On pourrait tout aussi bien recourir à la devise française marquée du sceau de l’universalité : « Liberté, Egalité, Fraternité »). Tristement, l’état actuel de la nation nécessite de « moraliser et responsabiliser la vie politique congolaise » afin de promouvoir des dirigeants dont l’Ethique (républicaine et démocratique) ne souffre aucun reproche. En effet, dans le paysage politique congolais actuel quels sont ceux susceptibles de satisfaire aux exigences de la Vertu & de la Citoyenneté ? Quels sont les leaders congolais qui se caractérisent par
– l’appétence au respect du bien commun ?
– le leadership au service de la communauté nationale ou à contrario à la défense d’intérêts partisans et du clientélisme ?
– la capacité à mobiliser autour de thèmes d’intérêt national ?
– le souci de l’amélioration du pouvoir d’achat aussi bien que des conditions de vie des plus humbles de nos compatriotes ?
– … ?

§ 3 – POUR UNE GOUVERNANCE EXEMPLAIRE.
Les réponses positives à ces considérations permettent de définir un triangle vertueux basé sur l’intégrité et le sens du Bien Commun, l’adhésion d’une majorité de la population et la capacité à mobiliser autour de causes d’intérêt national.

Quelques figures politiques se détachent alors de la masse des prétendants aux suffrages des Congolais. Il s’agit (dans le désordre) de : F. Tshisekedi, JP Bemba, Bahati L., M. Katumbi, V. Kamerhe, A. Muzito…auxquels nous adjoindrons – à leur corps défendant – des personnalités de la société civile comme le Dr. D. Mukwege.

Un classement de ces personnalités à la suite d’un sondage d’opinion(s) sur des petits échantillons et selon les critères évoqués ci-avant – permet d’établir un Tableau.
(N.B. : nos données sont basées sur les petits échantillons au lieu de la méthode classique des quotas sur des échantillons représentatifs de 2000 unités. Les paramètres de dispersion et les critères statistiques des petits échantillons sont statistiquement bien fondés (Gosset, Fisher, Pearson).)
Explicitons le contenu de ce sondage.

Sur le plan de l’intégrité et de la vertu, le duo gagnant est composé de : D. Mukwege et F. Tshisekedi. Sur le plan du pouvoir de mobilisation, les gagnants sont constitué de : JP Bemba, M. Katumbi ex-aequo avec F. Tshisekedi. Sur le plan de l’adhésion populaire, nous obtenons un dead-heat : JP Bemba et F. Tshisekedi. Finalement, ces résultats partiels sont consolidés dans une vision synthétique que traduit le quarté dans l’ordre ci-après :
– premiers : (ex-aequo) : F. Tshisekedi & Dr. D. Mukwege
– troisièmes (dead-heat) : JP Bemba & M. Katumbi.

 

Il serait donc souhaitable pour l’Opposition politique congolaise de présenter un front uni, clef du succès aux prochaines élections quel que soit le champion du camp adverse. Avec un profil consensuel d’un dirigeant idoine, il convient de considérer le projet de société approprié :
Quel Congo désirons-nous voir advenir pour le léguer à nos enfants ?
Comme le suggère les grandes traditions sur tous les continents, et comme le rappelle l’Eglise Catholique & Apostolique Romaine au Congo, nous sommes devant un choix binaire : l’être ou l’avoir. D’un côté l’Etre ou le choix de l’Amour agapeo et du partage ; de l’autre l’Avoir ou la poursuite du vent et du néant…

Nous ne proposerons ici qu’une esquisse des idées-forces de tout projet de société digne de ce nom nécessaire pour porter la RDC vers une véritable modernité [2].

 

Voie de sortie 2018

Voie de sortie 2018

Bâtir « un Congo plus beau qu’avant ! » requerra au minimum de mettre l’accent (et les moyens !)
– Primo : sur l’éducation & la formation au diapason des meilleurs standards internationaux ;
– Secundo : sur le développement d’une agriculture soutenable et l’accès universel à l’énergie (notamment électrique) ;
– Tertio : sur le développement économique (avec la prévalence des industries 4.0 sans omettre les ‘bricks and mortars’) concurremment à l’aménagement intelligent du territoire national (avec les infrastructures de base & une urbanisation planifiée afin d’accélérer la transformation structurelle en vue d’une croissance inclusive à l’ère de la révolution numérique et du ‘village-Monde’).

Et ‘last but not least’
– Quarto : la lutte résolue contre les anti-valeurs et la répression impitoyable contre la corruption (et la criminalité) sous toutes ses formes de manière à assurer les mêmes règles pour tous.

 

CONCLUSION.

Face au Monde, face à l’Histoire…debout Congolais !
(ou que le Néant engloutisse cette illusion appelée E.I.C. qui naquit en 1885 sur les bords du Rhin et que nos pères de l’Indépendance transformèrent en République Démocratique du Congo (R.D.C en acronyme) à la Table Ronde de Bruxelles afin d’entériner à tout jamais l’accession à la souveraineté internationale le 30 juin 1960).

Dr. J.P.M. NYEMBWE, Kinshasa ce 30 Juin 2018.

BIBLIOGRAPHIE –
[1] Von Lucke J. & Katharina Grosse, “Open Approaches For Smart Government: Impulses from Germany”.
in International Journal of Digital and Data Law [2017-Vol.3],http://ojs.imodev.org/index.php/RIDDN.
[2]- ITU (2016) Final WSIS Targets Review: Achievements, Challenges and the Way forward. ITU, GENEVA.

[3] Bouhadana I. & Gilles W. « Dix Principes des Gouvernements Ouverts », IMODEV.org – (Acadays 2016).

 

COMMENTS

WORDPRESS: 0
DISQUS: 0
%d blogueurs aiment cette page :